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Travail mobile et coworking

La numérisation et l'intelligence artificielle imprègnent toujours plus le monde du travail. La notion de collaboration évolue en conséquence.

Rolf Murbach

Mobiles Arbeiten und Coworking

Les nouvelles formes de travail sont très tendance. Le home office, le travail mobile et le coworking gagnent en importance. On travaille en chemin, chez soi, le soir et parfois le week-end, au gré des circonstances. Les heures de présence fixes et les emplois « neuf heures – cinq heures » appartiennent au passé. Et les employeurs le savent : pour recruter de la main d'œuvre qualifiée, il faut proposer des conditions de travail attrayantes, car les candidats ont des exigences, notamment en termes de conciliation entre vie professionnelle et privée. En contrepartie, ces personnes acceptent que la limite entre les deux domaines ne soit pas toujours claire et que des chevauchements sont possibles. Beaucoup d'employés se sentent néanmoins stressés et ne parviennent pas à faire face à la pression croissante. Et quand on s'exploite soi-même, on risque de mettre sa santé en danger.

C'est aussi une question de motivation. Et les nouvelles formes de travail peuvent y contribuer. Les personnes qui disposent d'autonomie dans leur travail sont plus productives. Un style de leadership trop directif passe mal. De nombreuses personnes insistent sur l'importance de l'estime et de la valorisation. « Nous avons tous besoin d'appréciations et de relations qui nous portent », explique Andrea Kuhn-Senn, entrepreneuse et présidente de la Société des employés de commerce à Zurich. « Pour être créative, j'ai besoin de considération et de me sentir bien au travail », ajoute la présidente. Le ton est nouveau. Autrefois, ce qui avait trait à la psychologie faisait sourire. Aujourd'hui, l'estime, la communication et l'empathie vont de soi, du moins dans les entreprises qui prennent leurs employés au sérieux.

Aujourd'hui, on parle de smart economy, d'entreprises agiles et de travailleurs flexibles. Employés et travailleurs freelance sont engagés au sein d'équipes qui changent fréquemment et toujours plus souvent à durée déterminée. Dans le cadre de la gig economy, les entreprises recrutent des spécialistes temporaires. Cela requiert de la flexibilité de la part des employés tout en leur procurant une certaine liberté. Cela place aussi les assurances sociales devant un nouveau défi. De manière générale, les hiérarchies perdent en importance, car un certain consensus prévaut autour du fait que les équipes et les organisations autonomes peu bureaucratiques rencontrent du succès. Les employés connaissent moins de marches à vide et peuvent avoir de l'audace. On parle aussi de culture de l'erreur : essayer, échouer avant de réaliser un grand projet.

Toujours plus de freelances

La gig economy enregistre une forte croissance: 12% des personnes actives en Suisse sont indépendantes, 25% le sont partiellement. Ces dernières exercent un ou plusieurs emplois à côté d'un poste fixe, à l'instar de groupes de rock alignant les gig (performances). Ceci s'explique en partie par le fait que de nombreuses entreprises sont réticentes à l'idée d'employer des gens de manière permanente et préfèrent n'engager des spécialistes que lorsqu'elles en ont besoin. Par ailleurs, un nombre croissant de personnes apprécient la liberté liée au travail freelance et optent pour la gig economy.

Selon les experts, les engagements temporaires vont continuer d'augmenter. A côté des besoins émanant des employeurs et des employés, la technologie contribue aussi à ce changement. Les plateformes numériques qui relient entre eux différents acteurs et actrices jouent ici un rôle clé. Les travailleurs freelances publient leurs offres en ligne et les clients peuvent les obtenir en quelques clics.

Les marchés numériques modifient massivement le travail freelance: grâce à l'omniprésence des appareils mobiles, à l'énorme réservoir de travailleurs et de clients et à la possibilité d'obtenir des informations en temps réel, les travailleurs freelance et les clients se retrouvent de plus en plus rapidement. Gigme est l'une de ces plateformes. Les travailleurs freelances peuvent y proposer leurs services et les clients y faire appel de manière simple et rapide. Les clients – entrepreneurs individuels, étudiants, employés à temps partiel, personnes souhaitant réintégrer le marché du travail, groupes de projet – n'ont pas à se soucier du contrat d'engagement, des cotisations sociales, des assurances ou des impôts. Gigme prend en charge la facturation des honoraires. « Nos clients sont virtuellement indépendants. Ils peuvent se concentrer sur leur domaine sans perdre de temps à faire du travail administratif », explique Frank Ohoven, fondateur de la plateforme.

Eloge de la culture de l'erreur

« De nombreuses entreprises se sont tournées vers le travail en partenariat. On se rencontre et on traite d'égal à égal », explique Dennis Lück, directeur artistique auprès de l'agence de communication Jung von Matt/Limmat. « Dans un monde du travail toujours plus complexe, ce n'est pas possible autrement. Les équipes travaillent par projets et les personnes sont hautement qualifiées. Dans un tel contexte, les différences de statut sont des obstacles. » Les échanges seraient essentiels pour le processus créatif et la réussite du travail. « Dès le moment où je suis dans notre agence, pour moi tout devient collectif, on est en mode équipe », explique le publicitaire de l’année 2017. « On a mille idées, on crée ensemble de nouvelles choses, on en jette beaucoup, on s'enthousiasme et on s'énerve. Le meilleur surgit lors d’échanges permanents, pas lorsque chacun bricole dans son coin. » Dennis Lück souligne aussi l'importance d'une bonne culture de l'erreur. « Les idées fusent. Avec un modèle d'entreprise trop hiérarchique, ceci serait impossible. »

La cocréation peut sonner comme un slogan. Celle-ci est toutefois une caractéristique typique du travail 4.0. Bien-sûr que le travail en collaboration a toujours existé, mais son importance s'est accrue en raison de la complexité des tâches auxquelles doivent faire face les travailleurs. Les grands projets ne peuvent aboutir que dans des équipes qui fonctionnent bien. L'humain ne devient pas superflu, comme certains le craignent, il continuera d'occuper les interfaces, car les algorithmes ne peuvent pas tout faire. Par contre, il est vrai que les tâches routinières sont appelées à disparaître. Pour faire face au monde du travail 4.0, il faut être qualifié. C'est pour cette raison que la formation continue est devenue si importante.

L'intelligence artificielle et l'automatisation imprègnent le monde du travail de demain. La force de l'humain réside dans les compétences suivantes : communication, coopération, créativité et esprit critique. « Il faut ajouter la capacité d'introspection », explique David Fiorucci, CEO d'une entreprise de conseil et coach, qui a mené des centaines de consultations et animé de nombreuses formations. « On doit pouvoir se regarder dans la glace et se poser les questions suivantes : quelles-sont mes forces et mes faiblesses ? De quelle manière est-ce que je me comporte habituellement ? A quoi mes réactions sont-elles dues ? » Il est indispensable de s'interroger régulièrement sur son fonctionnement et de corriger le cap, car « le monde du travail évolue très rapidement. Il faut s'y préparer. »

Une conception réfléchie de la collaboration

Barbara Josef se consacre depuis plusieurs années aux formes de travail flexible. Anciennement responsable communication de Microsoft Suisse, elle est cofondatrice de l'entreprise de conseil «5to9 », qui prépare des entreprises et des organisations à l'avenir numérique. Ses études et ses conférences mettent en évidence la manière dont la numérisation rend possible de nouvelles formes de collaboration. « Beaucoup d'entreprises ont expérimenté différentes formes jusqu'à présent. » Cela s'est parfois produit un peu par hasard. Il s'agit dès lors de concevoir la collaboration de manière réfléchie. « Quel scénario de travail est approprié pour telle ou telle tâche ? Comment faire pour réellement fonctionner comme une équipe, afin que la productivité individuelle et en équipe se coordonnent de manière optimale ? Quel est le rôle du bureau, quel est celui des autres lieux de travail, comme le home office, les espaces de coworking ou le travail effectué durant les déplacements ? »

Barbara Josef observe aussi le développement des espaces de coworking qui se sont fortement développés au cours des dernières années. « En optant pour cette forme de travail flexible, on rencontre des gens, on échange et cela aboutit à des idées nouvelles et inattendues », explique la spécialiste. Un nombre croissant d'entreprises parviennent à ce même constat. « Des grandes entreprises envoient leurs équipes dans des espaces de coworking pour qu'elles s'inspirent de cet univers exaltant et stimulant. Les employés d'entreprises traditionnelles y rencontrent ainsi des fondateurs de startups avec lesquels ils peuvent échanger. » Ces échanges ne sont pas uniquement dus au hasard, ils sont le fruit d'un community management ciblé, l'un des facteurs de succès des espaces de coworking. La mise en réseau devient toujours plus importante parce qu'elle contribue à faire face à la complexité croissante et aux nouvelles questions.

Les infrastructures actuelles reflètent les nouvelles formes de collaboration; de nouveaux écosystèmes impliquant différents acteurs et marchés voient le jour, lorsqu'un échange est possible. « On peut citer l'exemple de l'émergence du Circle de l'aéroport de Zurich, qui s'apparente à une petite ville avec son hôpital, ses flagship stores, ses espaces de coworking, son event hall, ses crèches pour enfants, son fitness et ses bureaux individuels. Le potentiel de mise en réseau est manifeste », conclut Barbara Josef.


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