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Respirer de manière consciente, sentir son corps et méditer – pour beaucoup ces pratiques relèvent de l’ésotérisme. Les effets de la pleine conscience sont pourtant scientifiquement prouvés et toujours plus d’entreprises découvrent les bienfaits de cette méthode pour la vie au bureau.

Il y a deux ans, une formation continue bien particulière a retenu l’attention de Fridolin Roth: l’entreprise énergétique Axpo proposait à ses collaborateurs-trices des Mindfulness-Trainings de deux jours. Ces ateliers proposent des exercices communs qui aident à garder son calme, en particulier dans les situations de stress. Pour l’essentiel, il s’agit de courtes séances de méditation.

«J’étais très ouvert à cet égard, dit Fridolin Roth, musicien de formation, mathématicien et responsable des énergies renouvelables chez Axpo. «L’écoute et l’attention aux autres sont essentielles en musique – et elles sont également importantes dans le travail d’équipe.» Il était en outre déjà familiarisé avec le yoga et la méditation à travers son épouse qui les pratique au quotidien.

Axpo fait partie d’un nombre croissant d’entreprises qui veulent intégrer la philosophie de la pleine conscience dans leur culture d’entreprise. En plus des cours et de sa thématisation dans les formations pour cadres, l’entreprise propose par exemple à ses 5500 collaborateurs-trices des méditations guidées pendant la pause de midi. En général une dizaine de personnes y participent, mais durant la période de travail à la maison, jusqu’à 150 collaborateurs-trices ont participé aux sessions proposées en ligne. Ils ont ainsi découvert des stratégies pratiques pour réduire le stress et gérer l’incertitude de manière à renforcer leur résilience dans leur vie professionnelle et privée.

«L’écoute et l’attention aux autres sont essentielles en musique – et elles sont également importantes dans le travail d’équipe.»
Fridolin Roth

Baisse de la pression sanguine

L’idée de la pleine conscience est très simple, mais elle est exigeante: en bref, il s’agit de concentrer son attention sur l’ici et maintenant et de prendre pleinement conscience des sensations présentes sans porter de jugement. Le concept vient du bouddhisme. Ces dernières années, il a gagné en popularité dans les cultures occidentales où sa pratique est en général dissociée de considérations religieuses. Le phénomène s’est accéléré depuis le début de la crise du coronavirus. De nombreuses personnes veulent apprendre à mieux gérer leurs angoisses et à apprécier pleinement les petits riens de la vie quotidienne – par exemple savourer une tasse de thé.

Ses avantages pour la santé ont fait l’objet de nombreuses études scientifiques. Cette méthode ferait par exemple baisser le niveau de cortisol, l’hormone du stress, et donc la pression sanguine. Le système immunitaire est renforcé, la concentration et la mémoire s’améliorent alors que le risque de dépression et d’angoisse diminue. L’an dernier à l’Université de Zurich, un travail de doctorat est parvenu à montrer qu’après deux mois de pratique, la reconnaissance, l’estime, l’amour et la spiritualité étaient plus prononcés que dans le groupe de contrôle.

Des études menées en contexte professionnel suggèrent également que ceux qui ont l’expérience de la pleine conscience peuvent se concentrer plus longtemps, sont plus créatifs, négocient mieux, ont un comportement d’équipe plus positif et recherchent plus activement des solutions.

Effets bénéfiques de la pleine conscience
Ses avantages pour la santé ont fait l’objet de nombreuses études scientifiques. Cette méthode ferait par exemple baisser le niveau de cortisol, l’hormone du stress, et donc la pression sanguine.

Exercices de respiration lors de la séance d‘équipe

«La pleine conscience aide à gérer la peur et le manque de confiance», estime aussi Janine Cavegn, spécialiste RH chez Axpo. Comme de nombreuses autres entreprises, Axpo traverse une phase de transformation numérique et la crise du coronavirus a donné un élan supplémentaire aux nouveaux modèles de travail avec des postes de travail plus indépendants du lieu et des horaires plus flexibles. Certaines personnes se sentent dépassées par ce qu’on nomme le monde VICA (volatilité, incertitude, complexité et ambiguïté).

Janine Cavegn est tombée sur le concept de pleine conscience il y a huit ans alors qu’elle était dans une situation professionnelle stressante chez un autre employeur. «J’avais le sentiment de ne plus pouvoir m’en sortir et je cherchais quelque chose qui m’aide», dit cette femme de 50 ans. Elle a appris dans un cours comment s’apaiser et à remettre en question ses convictions. Elle a ensuite suivi elle-même une formation d’instructrice MBSR et elle médite régulièrement depuis, le matin et parfois au travail pendant cinq à dix minutes. «Cela m’a beaucoup apporté et j’aimerais le partager.»

L’entreprise énergétique a introduit la méthode de la pleine conscience il y a cinq ans déjà et Janine Cavegn a saisi cette opportunité. Elle conduit non seulement le groupe de méditation, mais son approche de la vie imprègne aussi la direction de son groupe. Le début de chaque réunion est par exemple marqué par une brève pause où les personnes font un retour sur elles-mêmes afin de prendre conscience de comment elles se sentent. Et quand une discussion devient trop vive ou peu constructive, Janine Cavegn demande souvent une ou deux minutes de retour sur soi, insère un bref exercice de respiration ou quelques minutes de marche contemplative. «Nous n’obligeons évidemment personne à participer», souligne la responsable d’équipe. «Certains associent toujours la méditation à l’ésotérisme.» Mais globalement, l’acceptation s’est améliorée, constate la spécialiste RH, également parce que les médias en ont beaucoup parlé ces derniers temps. Divers collaborateurs-trices, surtout des cadres, se sont maintenant également ouvert-e-s à cette pratique.

«J’avais le sentiment de ne plus pouvoir m’en sortir et je cherchais quelque chose qui m’aide.»
Janine Cavegn

Soigner avec attention

Le Centre hospitalier du Haut Valais intègre lui aussi depuis quelques années des méthodes de pleine conscience dans le travail quotidien. Quelque 150 employé-e-s dans les soins et dans des positions dirigeantes ont déjà suivi un cours MBSR qui leur a permis d’aborder la gestion positive du stress et la communication respectueuse. «Nous constatons une réduction significative de la sensation de stress», dit le directeur des soins Kilian Ambord. Mais l’hôpital ne se contente pas d’inciter ses collaborateurs-trices à méditer. En l’espace de 5 ans, 45 emplois supplémentaires doivent être créés dans le domaine des soins.

Chez Axpo, Fridolin Roth a lui aussi profité de ses deux jours de formation continue. Il a médité régulièrement pendant un certain temps, dit cet homme de 42 ans. Il a également trouvé utile ce qu’on appelle les scans corporels où l’on parcourt son corps en pensée et concentre son attention successivement sur ses différentes parties et sur sa respiration. Même s’il reconnaît avoir un peu négligé ses exercices ces derniers temps, le cours lui a apporté un élément durable: «Il est bon de connaître cette méthode et d’avoir ainsi quelque chose à disposition en cas de stress.»

«Il est bon de connaître cette méthode et d’avoir ainsi quelque chose à disposition en cas de stress.»
Fridolin Roth

Pratiquer la pleine conscience

Ceux qui veulent parvenir à des changements profonds devraient suivre un cours auprès d’un formateur ou d’une formatrice et s’exercer chaque jour pendant au moins deux mois. L’approche MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction) est la mieux éprouvée. Mais il est aussi possible de réaliser ses premières expériences avec des exercices simples intégrés dans son quotidien:

Dans l'escalier

Essayer de ne penser à rien d’autre en montant les escaliers. Se concentrer uniquement sur les diverses sensations éprouvées. Par exemple, comment le pied se pose sur la marche et les quadriceps se contractent à mesure que le genou se tend.

En mangeant

Déguster du raisin, une pomme ou un repas en se concentrant sur cette activité. D’abord observer les aliments, en sentir l’odeur puis la texture sur la langue. Mâcher lentement en étant attentif aux bruits et aux bouquets de saveurs. Observer comment ce que vous avalez descend dans l’œsophage et comment vous le sentez dans l’estomac.

Applications pour smartphones

Certaines applications peuvent vous aider. L’application 7mind par exemple initie les débutants à de brefs exercices. Elle propose des méditations qui facilitent par exemple l’endormissement, sont utiles dans le couple ou pour les parents, renforcent la confiance en soi ou aident à gérer l’angoisse dans les périodes agitées (abonnement mensuel: 59 francs). En anglais, une application connue qui a fait ses preuves est Headspace (abonnement mensuel: 95 francs). Elle est maintenant également disponible en français.

Informations complémentaires

Auteure

  • Andrea Söldi

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