Context – notre magazine pour plus de succès au travail

«Mieux façonner son travail pour renforcer ses ressources»

Interview de Georg Bauer, chercheur dans le domaine de la santé et du travail et directeur du département «Public & Organisational Health» de l’Université de Zurich.

Rolf Murbach

Portrait de Georg Bauer

Comment les entreprises peuvent-elles contrer le phénomène du stress au travail?

Le rôle de l’entreprise est d’harmoniser le travail et d’agir de façon réfléchie, au lieu d’adopter chaque nouvelle tendance sans faire preuve d’esprit critique. Quelles sont les formes de flexibilisation et d’agilité qui sont cohérentes pour nous? Quelles sont les tendances qu’il ne nous est pas indispensable de suivre? Qu’apporte le changement précisément? Voilà les questions qui doivent guider notre action. Nous devons faire preuve de plus de sang-froid. Les entreprises doivent également observer comment se portent les employés, s’enquérir régulièrement de leur bien-être et, le cas échéant, prendre des mesures afin d’améliorer la situation de travail.

Les employés sont également responsables. Quelles sont les options de gestion du stress qui s’offrent à eux?

Une bonne hygiène de vie est capitale. Elle implique une activité physique régulière, une alimentation saine, un sommeil suffisant et plus généralement, un bon équilibre entre travail et vie privée. Tout cela requiert énormément d’auto-organisation. Les métiers qui permettent aux individus de travailler de manière relativement flexible offrent justement une libre organisation du travail, qui reste cependant un concept exigeant.

La pression liée au monde du travail se maintient néanmoins. Que peut-on faire?

Nous devons participer activement à la conception de notre propre poste au lieu de nous contenter de réagir face au stress. On parle alors de «Job Crafting». En cas d’objectifs trop élevés et non réalistes, il est utile d’en parler à son supérieur afin de rechercher le dialogue en amont et de se fixer de nouvelles priorités. Le Job Crafting signifie également concevoir ses propres tâches: ne pas se contenter d’exécuter des ordres mais réfléchir ensemble et suivre sa propre voie. Enfin, il est possible solliciter du soutien en cas de problèmes et de demander davantage de feedbacks.

Quels sont les autres facteurs liés au travail qui impactent la santé?

Le temp de travail ne donne que des indications sur les horaires et la quantité de travail. Or, la qualité du travail est tout aussi déterminante pour la santé. Il s’agit ici d’un bon équilibre entre ressources et charges de travail. Contraintes de temps, rôles mal définis, interruptions ou surmenage: voici les charges typiques. Tâches pertinentes, possibilités d’aménagement et surtout, un environnement social positif (avec soutien et reconnaissance mutuels): voici les ressources primordiales.

Dans quelle direction la gestion de la santé au travail évolue-t-elle?

On accorde une certaine importance au style de vie. Les entreprises soutiennent par exemple leurs employés en leur proposant des programmes de fitness ou encore d’alimentation équilibrée. La gestion de la santé a tendance à passer par le numérique. Des applications nous aident à surveiller notre propre comportement et nos périodes de repos. Est-ce que je bouge assez? Est-ce que je dors assez? A cela s’ajoutent des outils de relaxation et de méditation consciente. A l’avenir, des caméras intégrées dans les ordinateurs pourraient repérer le niveau de fatigue de leurs utilisateurs. En analysant le ton de vos e-mails ou de vos conversations téléphoniques, des programmes pourraient déterminer votre niveau de stress et votre amabilité vis-à-vis des clients. C’est ici que se brouillent les limites entre outils de retour et outils de contrôle; c’est pourquoi il convient de faire preuve de retenue lors de leur utilisation.

Le monitoring de notre comportement n’engendre-t-il pas un stress supplémentaire?

Ces outils sont simplement une aide pour les personnes qui ne prêtent pas suffisamment attention à leur état mental du fait de leur quotidien agité. Evidemment, les applications doivent être utilisées avec mesure. Si elles deviennent une source de stress, mieux vaut y renoncer. Ce que je trouve problématique, c’est le fait d’implémenter de tels outils sur des équipes entières et dans le cadre d’une mise en compétition, par exemple afin d’élire l’équipe la plus active. La santé ne doit pas devenir une composante de la libre concurrence. Au-delà de ces approches individuelles en lien avec le mode de vie, nous pouvons également implémenter les outils numériques au sein d’équipes afin d’améliorer la qualité de travail ensemble et de manière ciblée. A cette fin et avec l’aide de nos partenaires, nous avons développé le premier coach numérique destiné aux dirigeants.

Interview complète à lire prochainement dans le Context #6/2018


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