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«L’autodétermination est primordiale»

Rolf Murbach

Les collaborateurs sont productifs lorsqu’ils sont en bonne santé. La gestion de la santé n’est cependant pas uniquement motivée par des raisons économiques, mais aussi par des valeurs, déclare Andreas Krause, psychologue du travail et professeur à la Haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse.

Un homme discute avec son collègue de bureau en mangeant une banane

Contexte: comme le montre une étude de Promotion Santé Suisse, un employé sur quatre est surchargé ou estime que la charge de travail est trop lourde. A quoi cela est-il lié?

Andreas Krause: Bien souvent, il y a un conflit entre les exigences professionnelles et celles de la vie privée, qui ont chacune manifestement augmenté. Dans cette étude, un lien est établi entre les charges et plus particulièrement les facteurs de stress, et les ressources. Une personne sur quatre est plus fortement marquée par les charges que par les ressources. Par ressources, nous entendons ici des conditions de travail positives, c’est-à-dire des aspects qui, dans le quotidien professionnel, nous soulagent et nous soutiennent.

Que peut-on faire?

Les ressources peuvent certainement être renforcées. Cela implique entre autres du soutien social, de la reconnaissance de la part des dirigeants, et de l’autonomie. Par ailleurs, pour les tâches complexes et innovantes, le travail agile est important. En ce moment, tout le monde parle d’agilité. Avec la numérisation, de nombreuses entreprises remarquent que les planifications à long terme et les longs circuits décisionnels peuvent être paralysants dans un monde en évolution rapide. Avant, les projets étaient planifiés de manière détaillée dès le début. Aujourd’hui, les équipes échangent régulièrement entre elles, afin de pouvoir réagir aux nouveaux développements et aux souhaits des clients. Il ne s’agit pas de travailler plus vite, mais de réagir ensemble plus rapidement aux changements.

Que faut-il pour que cette méthode de travail soit une réussite?

Les collaborateurs doivent avoir une certaine marge de liberté décisionnelle, et les équipes devraient être largement autonomes. Les dirigeants doivent donc céder du pouvoir et renoncer à tout contrôler.

Ce qui signifie?

De la marge de manœuvre, des objectifs clairs, et une responsabilité quant aux résultats. Les collaborateurs sont alors motivés, ce qui a un impact positif manifeste sur leur bien-être. Lorsque les formes de travail agiles sont bien mises en œuvre, les entreprises pratiquent en fait la promotion de la santé, sans utiliser le terme santé. Mais les dirigeants les plus influents doivent toujours se poser des questions: le travail agile ne fonctionne pas tout seul. Les dirigeants ont la responsabilité de veiller à ce que l’entreprise ne surchauffe pas, ce qui risque de se produire quand la motivation des gens est très élevée. Un temps de travail limité et le respect des pauses et des vacances, pendant lesquelles on se déconnecte vraiment, contribuent à la promotion de la santé.

Les entreprises l’ont-elles compris?

Il y a de grandes disparités. La promotion de la santé sur le lieu de travail est en tout cas une problématique pour de nombreuses entreprises. Une enquête menée auprès des PME, en collaboration avec Visana, a montré que les entreprises se préoccupent vraiment du problème de l’accessibilité et de la maîtrise du stress. La majorité des entreprises prévoient de proposer des cours renforcés sur la gestion du stress. L’enquête GSE de Promotion Santé Suisse démontre également que les entreprises souhaitent faire davantage pour la santé psychique.

La question de l’accessibilité se pose particulièrement dans le cas du travail à domicile.

La majorité des employés qui travaillent à leur domicile estiment que le sujet de l’accessibilité n’est pas explicitement régi. En combien de temps dois-je répondre à un e-mail? Est-ce que je dois être tout le temps joignable par téléphone? Les différentes attentes tacites peuvent déstabiliser. Il serait important de discuter de ces questions en équipe et de les mettre au clair.

Dans quelle mesure le travail à domicile est-il judicieux et bénéfique pour la santé?

Les enquêtes comme celle de mon collègue Hartmut Schulze le montrent: un jour par semaine est très bénéfique pour les entreprises comme pour les collaborateurs. Schulze souligne que le bureau à domicile est alors un refuge pour travailler sans être dérangé. On peut se concentrer plus longtemps sur un sujet et être plus productif.

Quelles autres mesures vont dans le sens de la promotion de la santé?

Dans de nombreuses entreprises, des infrastructures visant la promotion de la santé – tables hautes, grands écrans, zones de repos – sont la norme. L’important étant que l’on puisse travailler sans être dérangé. Cela n’est toutefois que partiellement possible dans les bureaux en open space et les bureaux flexibles de nombreuses entreprises. Par ailleurs, les entreprises devraient veiller à une culture efficace des pauses. Il a été démontré que plusieurs petites pauses bien réparties sont plus bénéfiques qu’une longue interruption. D’autres formes de travail alternatives peuvent également être judicieuses, comme par exemple une réunion sous forme de promenade.

De nombreux employés adoptent un comportement rigoureusement conventionnel sur leur lieu de travail. Ils n’osent pas s’en écarter. Pour eux, promenade rime avec loisirs.

En effet, cette difficulté est liée à la culture d’entreprise. Cependant, nous nous demanderons toujours de plus en plus: où puis-je bien travailler? Quelles conditions doivent-être remplies pour que je sois productif? Si j’aime bien répondre à des e-mails dans un café ou un espace de coworking, je devrais le faire. Et si cela n’est pas habituel dans mon entreprise, le mieux est que je discute des possibilités de travail flexible. La flexibilité est normale dans plusieurs branches. Les entreprises ont reconnu qu’elle contribue à la motivation des collaborateurs. Et la jeune génération qualifiée demande déjà des conditions de travail flexibles. Ses représentants se déclarent prêts à mettre les bouchées doubles dès lors que le travail a du sens et qu’ils ont de la liberté.

Interview complète à lire dans le Context 3/2018


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