Savoir survivre dans le monde du travail

Sur le marché du travail, la concurrence qui fait rage entre les candidats intéressés à décrocher un emploi ne fait que s’exacerber au fil des ans. Les jeunes et les employés en place depuis des années subissent aussi des pressions et doivent faire preuve d’initiative pour survivre dans un environnement toujours plus rude.

Michel Héritier

S’ils veulent réussir leur vie professionnelle ou même tout simplement se maintenir à leur poste, les employés doivent redoubler d’ingéniosité et faire la preuve de leurs compétences. A la moindre restructuration, les employeurs en profitent pour se séparer de ceux qui sont les moins performants, ou tout simplement qui ne semblent pas être à la hauteur des défis qui leur sont lancés. Par ailleurs, la mobilité de l’emploi est largement répandue et les salariés doivent changer d’employeur pour accumuler les expériences et les chances d’accéder à des postes qui s’avèrent plus intéressants.

L’époque où les employés s’engageaient dans une carrière rectiligne qu’ils poursuivaient inéluctablement tout au long de leur vie est définitivement révolue. Le changement professionnel fait désormais partie des défis quotidiens que doivent relever les employés, confirme une enquête qui a été réalisée par le cabinet de recrutement Kelly Services. En Suisse, sept salariés sur dix estiment qu’ils devront réorienter leur carrière à un moment ou un autre de leur vie professionnelle.

 

Mettre toutes les chances de son côté

Face à une situation très tendue, il est indispensable que les employés élaborent une stratégie dynamique s’ils veulent rester visibles sur le marché de l’emploi. En Suisse, plus de trois personnes professionnellement actives sur cinq utilisent pour cela les plates-formes sociales telles que Facebook, Twitter, Xing ou Linkedin pour rester dans le coup, révèle cette enquête. «Etablir des contacts stratégiques et soigner ses réseaux permet de mettre toutes les chances de son côté pour réussir sa carrière» admet bien volontiers Peter Güggi, directeur de la filiale helvétique de Kelly Services.

L’utilisation des nouvelles technologies ne dispense pas pour autant les salariés de soigner les autres formes de promotion et de concentrer leurs efforts sur les éléments classiques de tout dossier de candidature. Plus de deux tiers des personnes interrogées dans le cadre de cette enquête reconnaissent que la qualité de leur expression orale est déterminante quant il s’agit de la poursuite de leur carrière professionnelle. Leurs compétences techniques constituent un élément tout aussi important.

 

Les nouvelles technologies ne sont plus un handicap

Les questions techniques ne constituent actuellement plus un obstacle insurmontable pour les employés. C’est du moins ce qu’admettent deux tiers des Helvètes interrogés dans le cadre de cette enquête. L’utilisation d’Internet, de la messagerie électronique et des réseaux sociaux n’est plus l’apanage des nouvelles générations, qu’elles aient pour matricule X ou Y. Peter Güggi le reconnaît bien volontiers.

Même les personnes nées à l’époque du baby-boom ont entre-temps fait le pas vers les nouvelles technologies, et cela les aide à se maintenir dans un état d’esprit ouvert aux nouveaux défis qui leur sont posés dans leur environnement professionnel. «Il s’agit là d’une évolution réjouissante, car rester au fait des innovations technologiques compte parmi les exigences fondamentales de presque tous les métiers. Quiconque se repose sur ses lauriers se retrouve rapidement déconnecté» souligne le directeur de l’agence de placement de personnel.

Tous les efforts engagés par les pouvoirs publics, qui ont mis en place des structures de perfectionnement dans ce domaine, commencent donc à porter leurs fruits auprès des employés expérimentés. Et cela est particulièrement réjouissant pour les employeurs qui peuvent ainsi compter sur des salariés capables de transmettre leurs savoirs et connaissances en utilisant les mêmes outils que les plus jeunes pour assurer la relève dans leur entreprise et en assurer la pérennité.

 

La fin des trajectoires toutes tracées

Le succès auquel les employés peuvent s’attendre dans le domaine professionnel n’est pourtant pas entièrement dû à leur capacité à se vendre, mais aussi à leur habileté à évoluer dans leur emploi. «Faire carrière dans le même métier tout au long de sa vie n’est plus la norme» admet bien volontiers Peter Güggi. «Un nombre croissant d’actifs souhaite se réorienter et gérer eux-mêmes leur plan de carrière» poursuit-il.

Cette évolution est particulièrement sensible dans cette étude: 70% des personnes interrogées envisagent de changer de métier ou de carrière. Cette propension au changement est plus marquée en Suisse romande. Ce pourcentage atteint en effet 79% dans le canton de Vaud, un pour-cent de moins dans celui de Neuchâtel et 76% dans le canton de Genève. Contre 66,5% Outre-Sarine, où les employés semblent plus attachés à leurs racines, ou trouvent plus facilement des postes qui répondent à leurs prédispositions et capacités.

 

Les employeurs suisses rechignent

Quand il s’agit de faire évoluer leur carrière professionnelle, les employés suisses sont très motivés à acquérir les connaissances professionnelles indispensables à des changements. Quitte à s’y lancer en s’investissant personnellement dans des cours de formation ou de perfectionnement. Si, sur le plan européen, le pourcentage de salariés prédisposés à le faire atteint 66%, il culmine à 75% en Suisse. «Ce type d’initiative est très apprécié des employeurs», reconnaît Peter Güggi.

Dans notre pays, c’est en priorité dans les secteur du tourisme, de l’informatique, des sciences naturelles et de la médecine que les personnes interrogées dans le cadre de cette enquête sont les plus enclines à perfectionner leurs connaissances en s’acquittant elles-mêmes des frais d’écolage.

Les employeurs suisses sont assez réticents à encourager ce type d’initiative en participant aux frais de formation. Alors qu’en Europe, près d’un employeur sur deux débourse les montants destinés à financer des cours de formation continue, dans notre pays, seuls 29% d’entre eux est dans ce cas. Cela démontre bien le hiatus qui règne à ce sujet. Avec 19%, seuls les employeurs allemands sont plus frileux que leurs homologues helvétiques.

Pour influer sur leur carrière, les Suisses seraient donc bien inspirés de s’investir financièrement pour prendre leur destin en main, révèle encore très justement cette enquête. Comme quoi, les employeurs suisses veulent bien profiter des compétences de leurs employés, mais sans pour autant se sentir obligés de les aider à acquérir les connaissances pour opérer plus efficacement sur le marché du travail.

Pour les employeurs, il en va de la responsabilité personnelle de leurs employés et seule la volonté de s’en sortir est la preuve tangible de leur désir de se dépasser sur le plan professionnel pour servir finalement leur entreprise. Cela va parfois même encore bien plus loin, car il n’est pas rare de rencontrer des employés changer d’employeur pour enfin faire valider les connaissances acquises durant leur formation, pour que celles-ci soient reconnues concrètement au point d’en voir les signes tangibles sur leur fiche de paie.