En informatique, on se dirige toujours plus vers un monde où l'on intègre des produits finis. Pourtant, les entreprises désirent que ces applicatifs soient adaptés à leurs particularités. Le monde de l'informatique commence à s'industrialiser. Les applicatifs sont basés sur des modules standard qu'il faut comprendre, interfacer et articuler. C'est ce cadre qui constitue le champ d'action des informaticiens de gestion.
Deux conceptions différentes s'affrontent
Historiquement, en Suisse romande, la formation en informatique était dispensée en majorité par des écoles cantonales au niveau supérieur alors que, en Suisse alémanique, elle était plutôt le fait d'écoles ou d'institutions privées offrant généralement des cursus en cours d'emploi. Parallèlement, la notion d'informaticien de gestion était perçue quelque peu différemment des deux côtés de la Sarine. Des divergences quant au rôle exact des informaticiens de gestion sont apparues de manière criante lors de la définition des plans d'études à établir dans le cadre de la nouvelle loi sur la formation professionnelle.
«On s'était en particulier rendu compte que les situations de travail telles qu'elles avaient été décrites en Suisse alémanique étaient très orientées sur la gestion des parcs informatiques alors que, en Suisse romande, du fait que la formation était dispensée de manière uniforme dans toutes les écoles cantonales, on portait davantage l'accent sur le paramétrage ainsi que sur l'implantation de l'informatique et d'applicatifs destinés à la gestion d'entreprises» admet Philippe Béguelin, directeur à l'ETML de Lausanne ainsi qu'à l'Ecole supérieure vaudoise d'informatique de gestion (ESVIG).
L'aplanissement des derniers quiproquos surgis lors de l'établissement du plan d'étude cadre et des conditions d'admission a engendré un retard de près d'une année dans leur adoption et mise en pratique. Mais tout est désormais rentré dans l'ordre en ce mois de février 2010.
Tout va mal qui finit bien
Compte tenu de ces différentes manières de considérer l'informatique de gestion, la commission en charge de définir le plan d'étude cadre prévoit donc, après moult rebondissements, deux orientations, l'une étant appelée «Business Solution» et l'autre «Software Development». Avec, à la clé, un enrichissement des deux côtés de la Sarine vers un éventail plus large des matières enseignées. «Nous avons dû faire preuve d'intransigeance en Suisse romande pour faire admettre notre point de vue» reconnaît pourtant Philippe Béguelin. Une ténacité qui a payé, sans quoi aucune école supérieure de Suisse romande enseignant l'informatique de gestion n'aurait pu être validée sur la base du plan d'étude qu'elle appliquait traditionnellement jusqu'ici.
Concrètement, la principale innovation du nouveau plan cadre consiste à ce que les élèves effectuent 18 semaines de stage pratique, dont au moins 9 en entreprise. Les employeurs devront donc accueillir des stagiaires à une plus large échelle. «Ces stages en entreprise représentent un véritable atout pour les jeunes quand ils sortiront de leurs études. Ils seront ainsi beaucoup plus rapidement opérationnels dans leur premier emploi» estime en l'occurrence Philippe Béguelin.
Les entreprises n'ont pas toujours forcément besoin d'un ingénieur pour gérer leurs systèmes informatiques et adapter des programmes souligne Patrick Volleau, doyen de l'école technique du Centre professionnel du Littoral neuchâtelois (CPLN) qui forme des informaticiens de gestion de niveau ES. Ceux-ci doivent pourtant aussi disposer des compétences approfondies pour réfléchir et réaliser ces adaptations sur les programmes informatiques, principalement au sein des PME.
Trois niveaux de compétences
Après avoir effectué un apprentissage d'informaticien ou d'employé de commerce, obtenu un diplôme d'une école de commerce ou une maturité (ou baccalauréat) académique, un jeune peut entrer dans la filière d'informaticien de gestion ES. En cours d'emploi, cette formation durera trois ans et deux ans à plein temps.
«Le plan d'étude cadre est très ambitieux», reconnaît Patrick Volleau, «Principalement pour répondre aux besoins complexes de gestion des systèmes d'information». Il souligne que les jeunes n'auront peut-être pas complètement ingégré certaines compétences stratégiques qui y sont décrites.
Pour obtenir le droit de former des informaticiens de gestion, les écoles devront encore prouver que leur programme d'enseignement et les compétences des professeurs sont d'un niveau suffisant pour répondre aux exigences requises dans les différentes branches. Par rapport à l'ancien plan d'étude, le nouveau prévoit un système de validation englobant des contrôles à intervalles réguliers, à l'instar de ceux pratiqués pour garantir la qualité. Il faudra pourtant un certain temps pour que tout se mette en place.
Pierre-Henri Badel
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Conditions d'admission à la formation d'informaticien de gestion ES
La filière «Informatique de gestion avec CFC pertinent» est accessible à celui ou celle qui est en possession
- d'un certificat fédéral de capacité d'informaticien-ne ou
- d'un certificat fédéral de capacité de médiamaticien-ne ou
- d'un certificat fédéral de capacité d'employé-e de commerce Profil M ou E ou
- d'un diplôme d'une école de commerce reconnue par la Confédération ou
- d'un certificat fédéral de capacité d'une autre profession d'au moins 3 années de formation initiale ou
- d'un certificat de maturité, complétée d'une expérience professionnelle d'au moins trois ans dans un domaine de l'informatique de gestion.





