Les logiciels libres pointent leur nez

Tous les utilisateurs rêvent de ne plus passer à la caisse chaque fois qu’il faut acquérir un logiciel. Cela est possible, mais où se cachent réellement les coûts?

Les entreprises sont déjà nombreuses à utiliser du logiciel dit «open source», c'est-à-dire dont le code n'est pas protégé. Par exemple dans leurs serveurs de sites Web où le programme «Apache» s'est imposé comme une norme «de facto». Mais dans d'autres secteurs, comme les systèmes d'exploitation pour les PC ou la bureautique, le pas à franchir vers la communauté libre est beaucoup plus hasardeux, en tout cas au premier abord. Et cela, généralement pas en raison de leur qualité, mais bien de l'assistance et de la formation que l'on peut attendre de la part d'un partenaire local.
Bien qu'il existe toute une panoplie de logiciels de gestion intégrée en open source, le programme OpenERP a attiré une large communauté de développeurs et fournisseurs de services locaux qui offrent une palette fournie de prestataires dans le domaine de la personnalisation, du déploiement et de la formation. Ces entreprises sont regroupées au sein d'une alliance intitulée Swiss Open ERP.


Des différences infimes entre le monde propriétaire et ouvert
«Aujourd'hui, rien ne différencie fondamentalement un ERP propriétaire d'un système open source» évoque Laurent Bagnoud, professeur et chercheur à l'Institut d'informatique de gestion de la HES-SO Valais, située au Techno Ark de Sierre. Sa tâche a essentiellement consisté à adapter l'ossature de base du logiciel pour qu'elle colle à la réalité des entreprises suisses.
C'est ainsi qu'actuellement, parmi les modules qui peuvent venir se greffer sur la plate-forme de base, on trouve non seulement la gestion de la clientèle, mais aussi la gestion des stocks, des salaires, des factures (avec TVA suisse) et des ressources humaines ainsi que la comptabilité analytique, la logistique, la production, etc. De plus, ce logiciel tourne sur différentes plate-formes, dont Windows, Linux et OS X (Mac).
Quand on pense que la Commission de la technologie et de la science (CTI) de la Confédération ne finance que la moitié des projets qui lui sont présentés, ce logiciel intégré open source a franchi allégrement le cap des experts chargés d'analyser la demande de budget de candidats cherchant un financement pour leurs projets.

 

Le demande reste faible
Professeur à la HES d'Yverdon et à l'ES de Lausanne, Jean-François Equey reste pourtant très circonspect quant à l'utilisation effective des applicatifs de gestion intégrée (ERP) dans les entreprises de notre pays. Pour lui, à l'exception de quelques convaincus, elle est totalement inexistante.
Il faut dire que la politique commerciale de la société Sage est imparable dans ce domaine. Elle offre en effet des licences gratuites pour son logiciel d'ERP aux établissements d'enseignement. Et comme la demande pour de jeunes spécialistes bien formés dans ce monde propriétaire est loin d'être négligeable de la part du marché, la mayonnaise prend plus facilement.
Il n'en reste pas moins que la fronde s'organise. L'association Swiss Open ERP, créée à l'initiative de la société lausannoise Camp to Camp, regroupe les acteurs de ce mouvement qui se révolte contre la mainmise de l'industrie informatique sur le marché de la gestion d'entreprise.
Leader sur ce marché en Suisse, la société fondée par Luc Maurer propose une solution avantageuse de gestion d'entreprise, tout en offrant ses services de personnalisation, de paramétrisation et de formation des utilisateurs dans le domaine de la gestion des entreprises. Forte de 40 employés, elle propose notamment une solution hébergée sur son propre serveur à des conditions particulièrement intéressantes pour les entreprises (40 francs par mois).

 

Les outsiders se regroupent
Toujours fidèle au principe du libre choix, l'association Swiss Open ERP est composée d'autres entreprises qui proposent des services annexes liés au monde «open source». Cette association romande regroupe actuellement trois sociétés actives dans ce domaine, en plus de l'entreprise Camp to Camp à l'origine de sa constitution, à savoir Quad SA, Open Net et Pro Libre.
La société Open Net offre par exemple une solution d'hébergement Open ERP pour 60 francs par mois, profilée selon le secteur d'activité de son client et adaptée au marché suisse.

Pierre-Henri Badel