En dépit d'une situation conjoncturelle peu favorable, les salaires des informaticiens ont augmenté en moyenne de 2,7% en 2009, révèle une enquête réalisée par l'association Swiss ICT. Mais cette amélioration n'est pas uniforme car elle dépend du jeu de l'offre et de la demande. La rétribution des jeunes professionnels a par exemple reculé de 3% au moment de leur engagement au cours de l'année 2008-2009.
Contrairement à d'autres secteurs, le métier d'informaticien n'a pas été vraiment touché par la crise. Les entreprises ont continué à engager des spécialistes. La demande restait forte dans les infrastructures Hardware, alors que l'on constatait une légère baisse dans les bases de données. «Pour nous, 2009 n'a pas été une mauvaise année» reconnaît Anthony Sauvain, de la filiale lausannoise d'Elan Computing, une société spécialisée dans le recrutement de personnel informatique. Il admet qu'il y a eu cependant un léger tassement de la demande car de nombreuses sociétés ont gelé leurs nouveaux développements. «Depuis la fin de 2009 et le début de 2010, on perçoit un redémarrage prudent de la demande de personnel dans les entreprises, mais cette recherche se fait plus souvent en fonction de la manière dont s'y lancent leurs concurrents», poursuit-il.
Alors qu'en 2009, les entreprises ont toujours continué à travailler en flux tendu dans leurs opérations quotidiennes après avoir mis leurs nouveaux projets en veilleuse, on constate que, depuis le début de cette année, les entreprises ressortent sagement leurs projets de leurs tiroirs.
Des spécialités toujours plus pointues
«Ce sont les métiers de chef de projets ainsi que de spécialiste des bases de données et des data warehouse à être actuellement les plus recherchés» souligne Albin Baptista, président du Groupement romand de l'informatique. Du coup, le salaire médian annuel des spécialistes des bases de données (niveau professionnel) a atteint 115 738 francs et celui des administrateurs de bases de données (niveau professionnel), 109 200 francs.
Même si certaines préoccupations restent dominantes, elles ne sont plus aussi stratégiques qu'à une certaine époque. C'est particulièrement le cas de la sécurité informatique. «Les techniques et la méthodologie existent» précise Albin Baptista. «Mais il y a toujours de forts besoins pour des compétences dans le support à l'utilisateur» poursuit-il.
«Voici quelques années, trouver un spécialiste Java relevait de la gageure, mais aujourd'hui l'euphorie est retombée» reconnaît Anthony Sauvain. Il a constaté par ailleurs que la montée en puissance de la technologie NET de Microsoft, qui concurrence Java, commence à se faire sentir sur le marché de l'emploi.
De son côté, Steve Bron, responsable du marché de l'informatique de la succursale de Lausanne d'Adecco, indique que la demande est forte pour les activités dans la programmation d'éléments embarqués, dans les logiciels de gestion intégrée (ERP) de type SAP et dans le support VIP multilingue.
Maîtriser aussi le métier de son employeur
Quant au salaire médian annuel des responsables de projets (niveau professionnel), il s'est élevé à 112 000 francs alors que celui des chefs de projets (niveau professionnel) a atteint 111 900 francs et celui des assistants de projets (niveau professionnel), 79 040 francs. Comme le confirme encore Albin Baptista, l'informatique décisionnelle (ou BI, abréviation de Business Intelligence) est également en train de s'imposer dans les PME, ce qui ne manque pas de booster les salaires vers le haut. Tout comme dans le secteur des magasins de données («datawarehouse»), les compétences manquent et ont donc la cote. «Dans tous les domaines, les informaticiens doivent impérativement avoir une bonne compréhension du métier de base de l'entreprise et des organismes pour lesquels ils travaillent» souligne Albin Baptista. «Pour les informaticiens, des connaissances techniques pointues sont naturellement indispensables, mais elles ne sont plus suffisantes. Aujourd'hui, ils doivent aussi maîtriser le secteur d'activité de leur employeur».
Décalage dans le temps de la demande
La crise financière a touché en priorité les établissements bancaires qui ont été les premiers à licencier et surtout geler leurs investissements dans l'informatique. Ce n'est que six mois plus tard que ce phénomène s'est reporté dans le secteur industriel. Le deuxième semestre de 2009 a donc coïncidé avec un redémarrage dans le secteur de la finance.
Dans le secteur des services, le marché de l'emploi s'est bien comporté aussi en 2009. «Les sociétés de services ont souvent réussi à décrocher des mandats d'externalisation» relève Anthony Sauvain. «Nous avons vécu la même situation chez nous qui proposons de la délégation de personnel. Nous avons signé plus de contrats à durée déterminée en 2009 qu'au cours de l'année précédente».
Des salaires assez stables
A quelques rares exceptions, le niveau des salaires des informaticiens n'a pas été fortement touché par la crise. Il faut dire que le manque de spécialistes dans certains métiers de l'informatique a rendu les employeurs prudents. «Nous n'avons pas constaté une tendance perceptible à tirer les salaires vers le bas» reconnaît Anthony Sauvain. «Entre l'emploi fixe et la délégation de personnel, nous avons constaté une baisse de 8 à 9% de 2008 à 2009...» estime de son côté Steve Bron, de la succursale lausannoise d'Adecco. «... ce qui reste malgré tout assez faible compte tenu du contexte général. La pression vers le bas des salaires a été plus perceptible chez les généralistes de bas niveau que chez les spécialistes.» Aujourd'hui, l'euphorie des années 1996 à 1999 fait définitivement partie du passé. «Les entreprises se fixent un budget et s'y tiennent, quitte même parfois à passer à côté d'un excellent élément» reconnaît Steve Bron.
Il n'en reste pas moins que les exigences augmentent aussi en parallèle. «Celui qui ne maîtrise pas deux ou trois langues n'a quasiment aucune chance de trouver un emploi bien rémunéré. Et l'anglais est incontournable» poursuit Steve Bron.
Et surtout, les entreprises ont compris qu'elles pouvaient aussi être perdantes à terme lorsqu'elles se laissaient aller à une surenchère sur les salaires.
Une nouvelle initiative en faveur de la formation
La situation toujours assez tendue sur le front de l'emploi risque aussi d'avoir des répercussions désastreuses à terme, d'autant plus que dans les écoles, les effectifs d'élèves qui se vouent à l'informatique sont en recul. «La baisse est de 10% dans les grandes écoles» avertit Steve Bron. «C'est pour cette raison qu'une opération de charme a été lancée pour attirer des jeunes filles vers ce métier.»
Pierre-Henri Badel





